NIRMALA MAYUR PATIL

NIRMALA MAYUR PATIL

« MY LOVE FOR PHOTOGRAPHY COMES FROM MY FONDNESS FOR AESTHETICS  AND MY OLD DEVOTION FOR WORDS AND SILENCES. »

« MON AMOUR DE LA PHOTOGRAPHIE PROVIENT DE MON INTÉRÊT POUR L’ESTHÉTIQUE ET DE MON ATTACHEMENT POUR LES MOTS ET LES SILENCES. »

 

ENGLISH : Nirmala Mayur Patil’s work, as Hilde Mork’s, profoundly moves me. Her soft, pure and always poetic photographs, draw a world in which I love to be immersed. Besides, this beautiful mind, also a freelance journalist, usually display her photographs with long writings. A love for words that I share and cherish as well…that was all it took for me to reach Nirmala, this wonderful woman, so passionate about life.

FRENCH : Le travail photographique de Nirmala Mayur Patil, comme celui de Hilde Mork, me touche profondément. Ses images douces, épurées, et toujours poétiques, offre un univers dans lequel j’aime me plonger. D’autant plus que cette journaliste de formation a pris pour habitude d’associer ses photos avec de longs textes. Un amour des mots que je partage et que je chéri également. Il n’en fallait pas plus pour que je veuille en savoir un peu plus sur cette indienne passionnée par la vie.

 

***

 

Name : Nirmala Mayur Patil
Age : 35
Nationality : Indian
Where do you live : In a hilly city, Pune, in western Indian
Your profession : Writer and Photographer

Nom : Nirmala Mayur Patil
Âge : 35 ans.
Nationalité : Indienne.
Où habites-tu : Pune, en Inde
Ton métier : Rédactrice et photographe.

 

01. Dear Nirmala, can you tell us a little bit about you, please ?
I’m sitting on my bed, in my sixth floor room contemplating answers to these questions. The pre-monsoon wind blowing in through the open window makes my curtains tremble like sea waves at sunrise; soft, light-filled, and hushed. The fabric waves continue to rise and fall and with it, the wind’s breath too. Watching them in motion, strangely stills me. After a full morning of housework, drafting work mails and partnering with my daughter on her school preparations, I settle myself amidst the hush of this soft-moving afternoon and become part of this ordinary sacredness. There…a little bit about me.

Chère Nirmala, peux-tu nous parler un peu de toi s’il te plait ?
Je suis sur mon lit, dans mon appartement du sixième étage, et je songe aux réponses que je vais donner à tes questions. Le vent de pré-mousson qui souffle à travers la fenêtre ouverte fait se mouvoir les rideaux comme des vagues au lever du soleil; l’ambiance est légère, lumineuse et silencieuse. Les rideaux continuent leur danse avec la brise du vent. Les regarder ainsi en mouvement m’apaise. Après une matinée bien remplie en tâches ménagères, après avoir rédigé quelques mails et aidé ma fille à se préparer pour l’école, je profite du silence de cette après-midi et de ce moment sacré.

 

02. Do you remember the first time you had a camera in your hands ?
When I was in my first year of graduation, a dear friend gifted her old point-and-shoot film camera to me because of my fascination for photography. I bought a black and white film roll with my tuition fee and one morning, wandered alone through a basti (slum) by a railway track taking pictures of people and their poetry. As I’m beginning to form words of that experience here, memories of that day return to me gently. I remember standing shyly by the edge of thatched huts and narrow lanes, observing and taking time to frame scenes. I still have all the photographs from that day, almost fifteen years ago.

Te souviens-tu de la première fois que tu as eu un appareil photo entre les mains ?
Pendant ma première année d’études, une amie qui m’est très chère, m’a offert son vieil appareil photo compact car j’étais fascinée par la photographie. J’ai acheté une pelicule noir et blanc et un matin, je suis allée me balader seule dans un bidonville près d’un chemin de fer; j’ai commencé à prendre en photos des gens et leur poésie. Alors que j’essaye de mettre des mots sur cette expérience, des souvenirs de cette journée me reviennent progressivement, je me souviens être restée timidement au bord de ces abris au toit de chaume dans ces étroites ruelles, en observation, prenant le temps de  bien composer mes images. Presque quinze ans après, j’ai gardé toutes les photos prises ce jour là.

 

03. Where does your passion for photography come from according to you ?
I’m not sure if what I have for photography can be called passion. It’s more like a deep love (are they same ? In my head they do not feel same.) After my first time, I couldn’t continue indulging with my film camera due to expenses. However, when I got married and came to live with my soulmate, he rekindled my interest in photography, which was made easy due to the arrival of digital cameras. He taught me the beauty of negative space and stressed on the importance of a well-aligned frame. As for my love for photography, I think it comes from my fondness for aesthetics, and my old devotion for words and silences. How a picture can be an expression of what I want to say and leave unsaid.

Selon toi, d’où vient ta passion pour la photographie ?
Je ne suis pas sûre de pouvoir parler de passion. Il s’agit plus d’un amour profond (est-ce la même chose ? A mon sens, non). Après ma première expérience, je ne pouvais plus me permettre financièrement de me faire plaisir avec mon argentique. Cependant, après m’être mariée et avoir emménagé avec mon âme soeur, celui-ci a ravivé mon intérêt pour la photo, c’était en plus devenu plus accessible et facile avec l’arrivée des appareils numériques.
Il m’a appris à utiliser la beauté de l’espace vide et a insisté sur l’importance d’une bonne composition.
Concernant mon amour pour la photo, je crois qu’il vient de l’intérêt que j’ai pour l’esthétique et de mon attachement pour les mots et les silences. Comment une image peut réussir à exprimer ce que je veux dire, ou au contraire taire.

 

04. What have you learnt about you thanks to photography ?
That there are more versions of me, inside me, than I knew about.

Qu’as-tu appris sur toi grâce à la photo ?
Qu’il existe plus de versions de moi que ce que je pouvais penser.

 

05. What do you feel when you find out how people react to your photographs on Instagram ?
Softened and thankful. Beyond praises, when something from within others reaches out to connect with something in me through my pictures, those connections if only for a few brief moments are valuable to me.

Que ressens-tu quand tu découvres comment les gens réagissent à tes photos sur Instagram ?
Attendrie et reconnaissante. Au delà des compliments, quand des personne arrivent à se sentir connectée à moi via mes photos, ces connexions, même si elles ne durent qu’un bref moment, comptent beaucoup pour moi.

© Nirmala Mayur Patil

 

© Nirmala Mayur Patil

 

06. Do you always take picture of something that catch your eye, or do you also create scenography ?
Both. But maybe in a way, I tend to create scenography even of something that catches my eye.

Prends-tu toujours des photos de choses qui captent ton attention, ou mets-tu aussi parfois les choses en scène ?
Les deux. Mais peut-être que d’une façon, j’ai tendance à créer des mises en scène même à partir de quelque chose qui a capté mon attention.

 

07. When did you understand that photography was beginning to make sense in your life ? When did you decide that you wanted to invest more of your time and yourself in it ?
In the beginning, even when the result of my picture-taking efforts were poor, photography made sense. Perhaps because it represents a beautiful opportunity for someone like me, who lives internally, to come out and ventilate. I always have time for it. And over the years, it has become part of my communication with this universe. I know it sounds ethereal, but it is very much true. However, when I was approached to take pictures professionally, my intimacy with photography reshaped. Now it allows me to introduce myself as « photographer » and fetches me work and money.

A quel moment de ta vie la photo a-t-elle commencé à prendre un sens ? Quand as-tu décidé que tu voulais plus t’investir dans ce domaine ?
Dès le début, même quand mes efforts ne donnaient pas de résultats, la photo avait déjà du sens pour moi. Peut-être parce qu’elle représente une belle opportunité pour quelqu’un comme moi, qui vit plutôt intérieurement les choses, de se révéler et de s’ouvrir un peu. J’ai toujours du temps pour la photo. Et au fur et à mesure des années, c’est devenu pour moi une façon de communiquer avec l’univers. Je sais que ça sonne un peu mystique, mais c’est ainsi que je le vis.
Cependant, à partir du moment où j’ai été contactée pour faire des photos de façon professionnelle, ma relation à la photographie s’est transformée. Aujourd’hui, cela me permet de me présenter comme « photographe » et cela m’apporte travail et argent.

 

08. Whose work do you look to for inspiration ?
Nothing inspires me more than the everyday rāga (music) of my own life. The ever-changing sky outside my window, long conversations with my husband, abyanga snans (oil massage baths), a book of letters by Rabindranath Tagore that never leaves my bedside, wind making love to my curtains, a flower slowly withering to become another thing of beauty, Urdu ghazals that fill my ears at bedtime, waking up to the morning stars, my tears, all the poetry that unfolds in my daughter, and everyone and everything that comes and goes into my everyday.
Art is not solely what an artist creates by pouring himself/herself for hours on his/her desk, but also the process, the remains lying discarded on the desk, all the tangible and intangible raw material that went into the making, all the moments that came before to prepare an artist for the art, and all those unseen thoughts and ideas an artist inherits through his/her interaction with  the world. So I greedily look everywhere for inspiration.

Qui t’inspire ? De quoi t’inspires-tu tous les jours ?
Rien ne m’inspire plus que la musique quotidienne de ma vie. Le ciel éternellement changeant que j’aperçois au travers de ma fenêtre, les longues conversations avec mon mari, des bains aux huiles de massage, un livre de Rabindranath Tagore qui ne quitte pas ma table de chevet, le vent qui joue avec mes rideaux, une fleur qui fane, la beauté des ghazels Urdu, me réveiller sous les étoiles au petit matin, mes larmes, toute la poésie qui émane de ma fille, et toutes les personnes et choses qui interagissent dans mon quotidien.
L’art n’est pas seulement ce que l’artiste crée en s’enfermant pendant des heures dans son bureau, c’est tout un processus, qui inclus tous les restes étalés et abandonnés sur la table, toute la matière pure, tangible ou non qui a accompagné la création, tous les moments qui ont préparé l’artiste à l’art, et toutes ces pensées et idées invisibles qui imprègnent l’artiste au fur et à mesure de ses interactions avec le monde.
Je puise donc mes inspirations partout avec gourmandise.

 

09. What camera(s) do you use ?
Canon 700 D, with EF-S 55-250 lens.

Quel(s) appareil(s) photo utilises-tu ?
Un Canon 700 D, avec un objectif EF-S 55-250 mm.

 

10. Has it been difficult to find your own style ? How has it changed since the beginning ? 
I’m not sure if one can find a style in what one does. Isn’t it more like we all have our distinct bouquet of likes, dislikes and inclinations, which as we grow closer to our art / creation, begins to get reflected and perhaps becomes our style naturally. At least, I feel this has been the case with me. And so, as I evolve with time, so does my style.

Cela a-t-il été difficile de trouver ton style ? Comme celui-ci a-t-il évolué depuis tes débuts ?
Je ne suis pas sûre que l’on puisse trouver un style dans ce qu’on fait. Ne serait-ce pas plutôt que nous avons tous des palettes de goûts bien distinctes, avec des préférences et des tendances, lesquelles, au fur et à mesure que nous développons notre art ou création, commencent à se faire ressentir, devenant ainsi peut-être notre style naturellement. Du moins, j’ai l’impression que c’est ainsi que ça a fonctionné pour moi. Et donc, à mesure que j’évolue avec le temps, mon style évolue lui aussi.


11. Can you describe your style in three words ?

This is difficult. But if I were to… simple, poetic, personal.

Pourrais-tu décrire ton style en trois mots ?
C’est difficile, mais je dirai…simple, poétique et personnel.

 

© Nirmala Mayur Patil

 

© Nirmala Mayur Patil

 

12. When you take a picture, you feel…
A quiet urge followed by contentment. But sometimes also unfulfilled.

Quand tu prends une photo, que ressens-tu ?
Un désir irrépressible suivi par de la satisfaction. Mais je reste aussi parfois insatisfaite.

13. When did you create your Instagram profile ?
In 2014, a week after my daughter’s first birthday in October.

Depuis quand es-tu sur Instagram ?
Depuis 2014, je me suis inscrite une semaine après le premier anniversaire de ma fille, en octobre.

14. What opinions did you have about Instagram at first ? And now ?
It’s the one social medium I’ve always loved. And still do, for all the connections it brings me; both personal and professional. Only, the love has become a little sullen due to the new algorithms and changes.

Que pensais-tu d’Instagram à tes débuts ? Et aujourd’hui ?
C’est le seul réseau social que j’ai toujours aimé. Je l’apprécie toujours pour toutes les connexions qu’il m’apporte, aussi bien personnelles que professionnelles. Le seul bémol pour moi aujourd’hui, ce sont les nouveaux changements autour des algorithmes.

15. Do you edit your photographs a lot ? Which tools, softwares do you use and like ?
I use Vsco to edit all my photographs, and I’m particularly partial to A6 in the Aesthetic Series. The subtlety of the preset works very well for me, along with a little harmony between exposure, contrast, sharpness and saturation.

Retouches-tu beaucoup tes photos ? Quels outils et logiciels utilises-tu ?
J’utilise Vsco pour éditer toutes mes photos, et surtout le filtre A6. La subtilité du preset me convient très bien, il propose une harmonie entre l’exposition, le contraste, la netteté et la saturation qui me plait.


16. When you edit a photo, how hard is it for you to let it go ? When do you know that the photo is « ready to be delivered », ready to be published ? What do you feel when you decide it’s done ?

My editing process is well-meditated, minimal and consistent. And ripens into what I like, almost always. So I don’t find it hard to let it go. But at times, when a photograph doesn’t translate suitably, I’m unhesitant to sacrifice it completely.

Est-ce difficile pour toi de définir quand une photo est prête ? Que ressens-tu au moment de la publier ?
Mon travail d’édition est bien réfléchi, minime et constant. Et mûrit quasiment toujours vers quelque chose que j’aime. Du coup, je n’ai pas trop de difficulté à terminer la retouche d’une photo. Mais parfois, si une photo ne ressort pas de la façon dont je le souhaite, je n’ai aucune hésitation à la sacrifier, la jeter.

17. Who should I interview next according to you ?
Claire @whitemarcel. I love how she beautifully and so unpretentiously captures her family and their everyday details in her photographs.

Qui devrais-je interviewer la prochaine fois selon toi ?
Claire @whitemarcel. J’aime comment elle capture de façon si magnifique et si modeste sa famille et son quotidien.

 

©whitemarcel

 

18. You often post a long text, or story, with your pictures. As a former journalist, as a person who loves to write, I find it amazing. Can you talk about this process please ? Explain us what does writing mean to you. Why or how did you decide to gather your photos with texts ?
Thank you kindly. My love for words is ancient. Every time I read or hear something beautiful, it seeps into me and remains within my deep folds, I studied journalism and have previously worked as a feature and copy writer for a national newspaper and an advertising firm respectively. Not to take away from those forms of writings, but to me, they felt somewhat anaemic. That’s when I learnt that my heart moves to words born of a more personal space. In 2009, I started my blog to gather my thoughts and broken words, alongside my new-found love of photography. And when I transitioned to Instagram, despite it primarily being a visual medium, I instinctively continued to stitch my photographs with my writings. My words are still broken but I write to preserve the magic of my daughter’s childhood and make lyrics of our everyday.

Tu associes très souvent tes photos avec de longs textes ou histoires. En tant qu’ancienne journaliste et personne qui chéri l’écriture, j’adore cette liaison entre les mots et l’image. Peux-tu nous parler un peu de ce processus ? Nous expliquer ce que représente l’écriture pour toi. Pourquoi ou comment as-tu pris la décision d’inclure de longs textes avec tes photos ?
Merci beaucoup. J’ai toujours beaucoup aimé les mots. Chaque fois que je lis ou entends quelque chose de beau, ça reste en moi. J’ai étudié le journalisme et j’ai travaillé précédemment en tant que chroniqueuse pour un journal national et concepteur rédacteur pour une agence de pub. Non pas que je veuille critiquer ces formes d’écritures, mais celles-ci ne me comblaient pas. C’est alors que j’ai compris que les mots touchaient plus mon coeur lorsqu’ils provenaient d’un espace plus personnel. En 2009, j’ai créé un blog pour rassembler mes pensées, mes mots, autour de mon nouvel amour pour la photographie. Quand je suis arrivée sur Instagram, malgré que ce soit une application dédiée au visuel, j’ai instinctivement continué à associer mes photos avec mes écrits. Mes mots sont encore un peu bruts, mais j’écris surtout pour immortaliser la magie de l’enfance de ma fille et notre quotidien.

 

Check Nirmala’s work here. Découvrez le travail de Nirmala sur ce blog.
Instagram : @nirmalamayurpatil

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